J’ai été “lazy” pendant quelques mois… histoire d’observer, mais de plus loin, les aléas de la politique et de la société. Mis à part que la France a réussi à fixer la semaine du goût dans la semaine où tombait la journée mondiale contre la faim (bravo !) en automne dernier, je ne semble pas avoir grande chose à ajouter aux commentaires des uns et des autres. C’est peut-être le résultat, imprévu, d’un président comme le nôtre : tout est sujet à débat et commentaire, et les français ne s’en privent pas ces derniers temps.
A huit jours des élections municipales et cantonales, phrase populaire ces jours-ci, j’aimerai tout de même mener une réflexion par rapport à un sujet qui m’est important : la structure de la république et ses couches administratives superposées.
Il y en a trop, beaucoup trop. Voilà . C’est dit. Je le dis depuis des années et ce qui est encourageant : cette notion semble être portée par un nombre de plus en plus croissant de co-citoyens. La France à elle seule compte presque la moitié des communes dans la Communauté Européenne (en 2004 : 75.000 communes, dont la France : 35.568, soit 47,5% du total pour 16% de la population). A titre de comparaison : les Etats Unis d’Amérique comptent 35.937 communes pour un territoire 14 fois plus grand et une population cinq fois plus importante.
Cela veut dire qu’aujourd’hui, les communes comptent en moyenne une population de 1 542 administrés. Selon Wikipedia, en France métropolitaine, 31 927 communes ont moins de 2 000 habitants (regroupant 25,3% de la population totale), 3 764 entre 2 000 et 10 000 habitants (25,5%), 762 entre 10 000 et 50 000 habitants (25,3%), 102 entre 50 000 et 200 000 habitants (14,4%), 10 plus de 200 000 habitants (8,9%). Par ailleurs, plus de 10 000 communes ont moins de 200 habitants.
De ces quelques 6 782 communes en France (au 1er mars 2007), les Deux-Sèvres en compte 305, dont 82 se trouvent en Pays Mellois, dans le sud des Deux-Sèvres.
Pourquoi je les mentionnerai ? Car le Pays Mellois est un territoire comparable avec mon village natal, Veldhoven, dans le sud des Pays-Bas, dans la province de Brabande du Nord.
A peu près 48 000 habitants sur un territoire comparable pour les deux. Sauf qu’à Veldhoven, il y a UN maire, et UNE mairie, grande, certes, mais avec une équipe professionnelle de fonctionnaires de tous genres.
Au Pays Mellois on connaît 82 maires, avec 82 mairies, 82 secrétaires de mairie (sans plan de formation, à mon avis), 82 conseils municipaux, enfin, toute une équipe diriez-vous. Sur ce, se sont greffées 5 Communautés de Communes, à qui des compétences ont été transférées par ces communes. Pas les mêmes pour chaque CdC, cela va de soi. Pourquoi faire facile si on peut faire difficile.
L’argument final que j’entends souvent est la proximité et, selon notre maire, “la paix social”. La sacro-sainte proximité. Encore un exemple de faux romantisme. Car c’est quoi exactement, la proximité ?
La possibilité d’aller voir le maire si vous avez un pépin à régler avec votre voisin. Ou si vous avez une idée. Ou si vous n’êtes pas d’accord avec lui. Et l’inverse aussi : la possibilité qu’a le maire d’aller voir ses habitants. Argument uniquement valable en campagne, car dans les villes, où ont été mis en place des Communautés d’Agglomération qui fonctionnent à fond, cela n’est plus forcément le cas. (Où est l’autre valeur dans tout cela, la sacro-sainte Egalité ?)
Le deuxième argument est le fait que les communes, messieurs et mesdames, datent de la révolution ! Et bien oui. Difficile de réorganiser le système des communes, me dit-on, car c’est une histoire vieille de deux cents ans. Elles se sont créées à partir des anciennes paroisses. A l’heure de la Révolution Française, la taille des communes devait permettre d’aller au centre bourg, voir le maire, dans la matinée pour chaque administré, où il se trouvait dans la commune. Cette notion devrait bel et bien évoluer avec les temps modernes, où la mobilité est chose faite pour une bonne partie de la population, même en milieu rural, me semble-t-il.
Et en quoi les petites communes seraient les garants de la démocratie, comme disent certains ? Pas compliqué d’inventer d’autres systèmes de représentativité des citoyens. Et en surcoût, plus d’égalité entre citoyens des campagnes et des villes.
Quelle est l’opportunité qui s’offre à la France ? Le Rapport Attali parle du renforcement des régions et de la disparition des départements (dans dix ans !). Il dit aussi quelque chose sur les communes (mais cela n’a pas été répertorié par les médias de masse), notamment de l’élection du président et des conseillers d’agglomération (les actuelles Communautés de Communes) au suffrage universel et du système des dotations versées directement par l’Etat aux communes aujourd’hui et demain, plutôt aux nouvelles collectivités.
Imaginons-nous un gouvernement qui aurait le courage d’instaurer un dynamisme de regroupement des communes en mileu rural, afin d’aller vers des communes de taille des Communautés de Communes d’aujourd’hui (au moins…). Un système d’action entre Communautés de Communes (Agglomérations, selon Attali), à l’échelle des pays actuels et Région.
L’opportunité serait celle de repenser les champs d’action, les dépenses et revenus, les opportunités pour tous ceux concernés, bref : réinventer une nouvelle dynamique. Avec moins de maires, mais des représentants (choisis ?) des communes actuelles et fondée sur le travail des jeunes diplômés fonctionnaires qui pourraient remplacer le travail des bénévoles citoyens élus conseillers municipaux d’aujourd’hui. Qui eux, ne seraient certainement pas devenus superflus… chers élus, ne vous inquiétez surtout pas et ne vous imaginez surtout pas que vous aurez du temps pour faire vos jardins : on trouvera de quoi vous occuper
!
Car gérer une commune aujourd’hui, même de petite taille, n’est pas une mince affaire.
Vous savez ce qui est le plus étonnant dans cette histoire ? A Veldhoven, où habite encore ma famille et que je suis donc de loin, le sentiment de “l’appartenance à sa communauté”, au sens propre du terme, est aussi vivant que dans mon petit village de Sepvret, en Pays Mellois…
En fait, c’est un article que je devrais écrire en néerlandais, car les lecteurs néerlandais seraient stupéfaits :-).